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--- NEPAL ---
 
Avril - Mai 2005


 Carnets de route
C'est juste en-dessous
 Le Nepal en images
 
Les photos du trek autour des Annapurnas sont ici;
pour celles du trek a l'Everest et Katmandu, cliquez la
 
 Nepal: le pays


LA VALSE A L’EVEREST (26 Mai 2005)
 


    
A l’Everest on n’a pas marche, on a danse... voila qui pourrait resumer nos impressions au retour de ce trek hors-norme. Les 3 semaines dans le massif de l’Everest nous laissent dans un etat euphorique, et on a bien du mal a aterrir. Est-ce l’effet de l’altitude ou les vues sur les sommets? Plus probablement, les coups de chance qu'on a eus et les rencontres fascinantes qu’on a faites? Comment peut-on prendre autant de plaisir dans le simple fait de marcher? On n’a pas les reponses… mais on a les photos ! Et le resultat est sans appel: on a vecu a l’Everest une de nos plus belles aventures.


Itineraire en 3 temps

Welcome to Sagarmatha national park... « Sagarmatha » c’est le nom de l’everest en Nepali ; le parc national englobe principalement 3 vallees, qu'on va visiter l'une apres l'autre au cours de notre periple dans le massif :

 
(1) Gokyo - Premiere semaine: de Namche Bazar jusqu’a Gokyo et ses lacs, avec en toile de fond la Cho Oyu (8.201m);
(2) Everest - Deuxieme semaine: on passe le col de la Cho-La et on marche jusqu'a Gorakshep, dans la 'vallee de l'Everest'. La-bas on pense grimper a Kala pattar - un petit sommet avec des vues superbes sur le versant sud de l'Everest - et surtout aller au camp de base de l’Everest, ou les expeditions preparent l'ascension
(3) Island Peak – Troisieme semaine, on decouvre la vallee de Chukung et on tente l’ascension de l’Island Peak (6.189m), un beau sommet glaciaire face a l'Ama Dablam - c'est surtout LE 6.000 que Sophie attend depuis la Bolivie !



1- La montee a GOKYO


    
 
 
Notre avionette 12 places a quitte Kathmandu ½ heure plus tot, et apres un vol de reve on est en approche de Lukla. Dans le hublot on voit la piste et ca n'a rien de rassurant: elle est ultra-courte, et en forte pente pour accelerer le freinage de l'avion. Le pilote se pose sans menagement, freine a bloc, un virage, arret de l'appareil: on a aterri en moins de 15 secondes! On y est… on pose enfin le pied au pays de l'Everest. A la sortie notre porteur nous accueille : 'David, Sophie ? My name is Nirkumar'. Namaste, Nirkumar: on va passer les 3 semaines du trek ensemble - on a choisi de prendre un porteur pendant la randonnee pour arriver en pleine forme a l’Island Peak.
 
 
 
 
En allant vers Namche Bazaar, Nirkumar nous rappelle un mot bien utile en Nepali, "Bistare": doucement! L'occasion de nous mettre en garde contre les effets de l’altitude: 8 morts cette saison parmi les randonneurs ca paraît incroyable! Sur le parcours, on croise des gens pales avec des maux de tetes, qui croient avoir pris un coup de soleil et continuent de monter pour ne pas etre les seuls a faire demi-tour… A l'Everest, si on est en forme on peut tres facilement monter trop vite au-dessus de 5.000m, et attraper le mal aigu des montagnes sans s'en rendre compte. 'Slow is fast', et on ne va pas contredire Nirkumar la-dessus, surtout que c'est lui qui porte…


Yaks et sherpas
La route de Namche Bazaar est completement encombree de yaks, ou plutot de yaks et de naks (les femelles des yaks) et aussi de jobkes (un yak croise avec une vache, il parait que ca adoucit le caractere du bebe-yak….). Bref, on a du mal a s'y retrouver mais on avance en slalomant entre les yaks! On est surtout en plein pays sherpa, les fiers montagnards qui encadrent les expeditions himalayennes, et on decouvre la formule magique: 'Sir Ed'… comprenez Sir Edmund Hillary: il est incroyablement populaire aupres des sherpas, pour les ecoles et les dispensaires qu'il a fait construire apres son expedition victorieuse a l’Everest (1953). Dites 'Sir Ed' et les sherpas vous sourient!
 
L’Arrivee a Namche Bazaar 
En arrivant a ‘Namche’, on est tout de suite pris par l’effervescence de la ville. C’est une sorte de gros carrefour en forme d’amphitheatre ou se croisent les caravanes de yaks en provenance du tibet (c’est le moment d’acheter des polaires pas cheres made in China), les expeditions qui montent en direction des camps de base (Ama Dablam, Everest, Pumori...), et les simples trekkers venus profiter du paysage. On croise deja des gens avec des marques de haute altitude: nez brule, phalanges noircies par le gel… ceux-la reviennent du haut. On est venus pour la saison des expeditions et les ‘grandes ascensions’ doivent commencer dans quelques jours, a la mi-mai : de quoi donner de l’animation au camp de base - on y sera dans 10 jours.
    




    
La vallee de Gokyo
Apres 5 jours de marche, la forme est revenue. Gokyo est deja en vue et on est quasiment seuls : sa vallee est a l'ecart du circuit ‘touristique’ (celui qui va directement au camp de l’Everest), du coup on trouve beaucoup moins de monde par ici. En arrivant, on tombe sur une perle de guesthouse tenue par un grand-pere authentique et incroyable. A 82 ans, il connaît tous les sommets aux alentours, raconte l'histoire de sherpas connus, et continue de rever a ses cheres montagnes en regardant les photos des randonneurs ! Il passe la journee tranquillement a s’occuper de ses yaks et brule des branches de genevrier pour parfumer l’atmosphere ; le soir il chantonne des mantras au coin du poele en egrennant son chapelet, et nous raconte ses histoires...
 
 
On est aussi venus jusqu’ici pour monter au Gokyo-Ri, la colline qui surplombe le village et doit nous donner des vues superbes sur les alentours. Les lacs en enfilade (il y en a 5 au total) et une large moraine au pied de la Cho Oyu donnent au paysage un air feerique... on grimpe de bon matin et on arrive en haut (5.300m) pour trouver des drapeaux de prieres completement frigorifies, une equipe de la BBC (ils sont venus filmer le panorama et sont frigorifies eux aussi) et un ciel presque degage... mais pas completement, et pas du bon cote: impossible de voir l’Everest.


Pour avoir les vues on doit donc y retourner une 2eme fois, mais quelle 2eme fois! On est en haut a 5H pour un de ces matins qui font oublier toutes les journees de mauvais temps. En bas une mer de nuages a envahi la vallee, mais au-dessus l’air est limpide et les montagnes sont parfaitement degagees. Le soleil se leve sur les geants aux noms mythiques : au nord la Cho-Oyu (8201m) ; a l’est l’Everest (8848m) et la Lotse (8501m) ; plus au fond le Makalu (8463m)... On est au-dessus des nuages et ce matin-la on croirait voler.



On s’extasie quelques heures avant de se decider a redescendre... Au retour, notre super-papy nous attend avec un grand sourire et un bon feu a la crotte de yak. On passe ensuite 2 jours a explorer les alentours, et a faire ce qui devient notre passe-temps favori a Gokyo : ecouter craquer le glacier. La moraine est immense et spectaculaire, juste au-dessus du village. Les crevasses s’ouvrent et se referment en faisant des cracs enormes... on ne s’en lasse pas. ‘Nirkumar, il n’y a pas de probleme pour traverser la moraine ?’ No problem, le chemin est sur une partie du glacier plus stable: 2H sur la moraine, puis 1 jour pour passer le col de la Cho La, et on devrait atteindre sans encombre la vallee de l’Everest !
    






2- Kala Pattar et le camp de base de l’EVEREST



    
La traversee du col de la Cho-la (ou Cho-la pass) se fait effectivement sans encombre, mais dans un brouillard epais qui nous empeche de voir quoi que ce soit... pour nous ce jour-la, c’est plutot cho-la-poisse. D’ailleurs les derniers jours ont ete completement maussades et on s’est sentis plutot fatigues, ce qui fait dire a Sophie qu’on est a l’Everouest (on rigole bien en montagne). Heureusement, on rencontre un Suisse peu ordinaire : c’est le fils de Raymond Lambert, et il est monte au sommet de l’Everest en 2002 pour achever le reve de son pere, qui etait presque arrive au sommet 50 ans plus tot... une histoire qui nous ramene a nos reves, et on aborde Gorakshep avec une seule envie: rencontrer d’autres himalayistes et plonger pour quelques jours dans le monde des expeditions.
 
 
L'arrivee a Gorakshep
Gorakshep, dernier hameau avant le camp de base.. Notre lodge est une veritable caverne d’Ali-Baba ou ceux qui sont arrives jusqu'ici ont laisse un temoignage de leur passage... en fonction de ce qu'ils avaient sous la main. Les murs et le plafond sont recouverts des records les plus fous, qui cotoient les exploits personels petits ou grands (surtout petits!) dans un melange totalement heteroclite. On prend notre diner pas loin d'un slip enorme et pas bien propre qui proclame fierement qu’il a atteint la base du sommet du monde... plus loin sur un T-shirt, des Allemands montrent leurs fesses pour celebrer leur arrivee a l’EBC (Everest Base Camp), sommum de leur voyage... enfin sur un mur, le calendrier d’un Japonais de 85 ans qui vient se baigner dans le lac tous les 1er janvier...


Gorakshep est surtout l’endroit ou les randonneurs s’arretent et les grimpeurs demarrent. Du coup il se cree une ambiance particuliere quand tout ce monde se retrouve au refuge le soir. D’un cote les trekkers qui se sentent privilegies d’etre si pres des sommets et de ceux qui vont les gravir ; de l’autre, certains membres des expeditions qui racontent leurs recits de montagne... Tout ca se melange dans une joyeuse pagaille. Coup de pouce du destin, des le premier soir on tombe sur Mike, le manager du camp de base d’une des expeditions ! Son agence est celle qui a organise l’expedition en 1996 de Matt Dickinson, dont Sophie vient de finir le bouquin... merci la chance. On passe la soiree a discuter de l’expedition de cette annee, et il nous invite a boire un the au camp de base le surlendemain !
 
 
Le lendemain, on monte au sommet de Kala Pattar (5.500m), la fameuse colline qui attire autant de gens jusqu’a Gorakshep. En soi c’est un tas de cailloux pas particulierement beau, mais la vue surplombante sur le Pumori (7145m) et sur l’Everest valent vraiment le coup! A 6H c’est l’heure de pointe et on n’est pas les seuls a se presser vers le sommet. La matinee est degagee, et pour ceux qui montent l’ambiance est a la rejouissance: the chaud et gateaux secs, exclamations de bonheur en 12 langues, declics d’appareils photos en serie...
    



Et c’est vrai que depuis le haut, le panorama est spectaculaire: le triangle regulier du Pumori, l’Everest et ses voisines (Nupse 7896m, Lhotse), la pointe aiguisee de l’Ama Dablam a 6856m... apres quelques heures on connait leurs formes par coeur.



De Kala Pattar, on peut surtout aussi suivre du regard l’itineraire des expeditions sur la face Sud de l’Everest: elles remontent d’abord le glacier de Khumbu (sur lequel se situe le camp de base), puis le ‘West Cwm’ avant d’arriver au col Sud, entre l’Everest et la Lotse. Enfin on distingue le ‘Hillary step’, derniere etape technique avant l’arete sommitale... Depuis notre arrivee au Nepal on a lu une dizaine de bouquins sur l’Everest, et on vient tout juste de decouvrir enfin le personnage principal!
 
 
 
 
Camp de base de l’Everest – la montagne nous sourit!
 
Le matin suivant, on part en direction le camp de base. Si seulement on pouvait passer la journee avec une expedition... Sur le chemin on se demande quand meme si on ne risque pas d’etre penibles avec les dizaines de questions qu’on aimerait poser. Ca va de ‘a quoi ressemblent les bouteilles d’oxygene pour monter la-haut?’ jusqu’aux motivations des grimpeurs qui vont risquer leur vie dans 10 jours... Bref on en attend beaucoup, mais certains trekkers nous ont prevenu: n’esperez rien de la visite, les gens du Base Camp ne vont pas vous adresser la parole, et encore moins vous  accorder du temps (sous-entendu, petits randonneurs que vous etes)... ils sont concentres sur leur preparation avant l’assaut et n’ont pas que ca a faire! On va deja profiter de l’invitation de Mike, et pour le reste on verra sur place.
    





    
Au 1er coup d’oeil en arrivant, on a du mal a ne pas se dire ‘c’est CA le camp de base?’... On a sous les yeux un empilement de 150 tentes environ au pied du glacier, sans organisation apparente, enchevetrees sur 1 km x 300m au milieu des roches et des drapeaux de priere. En gros, c’est un sacre bazar ! Le plan d’acces de Mike avait bien l’air un peu complique, mais a ce point... on suit les instructions: ils sont au nord des Singapouriens, a l’ouest de l’equipe des femmes Iraniennes, derriere les espagnols de Mayorque... Malgre son plan on va mettre plus d’une heure a trouver la tente: a cette epoque le Camp de Base est un vrai labyrinthe qui abrite 22 expeditions. Toutes sont en attente du bon creneau meteo, les 5 jours sans vent qui precedent la mouson et permettent d’atteindre le sommet sans trop de risque. Apres les avertissements, on s’attend donc a passer au milieu de tetes soucieuses qui ne vont pas nous adresser la parole...
 
Et c’est exactement le contraire qui se produit. On dirait que tout le monde a envie de parler, et on tombe sur des gens incroyables! En cherchant la tente de Mike, on croise 1 canadien blesse qui nous explique qu’il va prendre l’helico et rentrer chez lui: il devait faire la Lotse mais abandonne, trop secoue par l’avalanche qui l’a surpris au camp 1. Puis un portugais avec une approche tres puriste de la montagne : l’ascension d’un 8000 doit se fait sans oxygene, et le debat est lance - la montagne pour qui ? Ensuite ce sont des Espagnols qui nous abordent, ils veulent des nouvelles du bas (les maoistes? le referendum sur l’Europe?): ils sont au camp de base a dormir sous la tente depuis 1 mois. On parle de patience et d’attente qui font aussi partie de l’ascension... Et on tombe encore sur 2 americains, un polonais, un sauvetage en helico: c’est la journee ‘action’ au camp de base!
 
Le temps passe et on a l’impression de se promener dans un livre de Krakauer. Les gens sont chaleureux, disponibles... Cerise sur le gateau, Mike nous accueille avec le the et les biscuits et nous fait visiter son campement. On est a 5300m mais dans la tente-mess on trouve toute la technologie moderne. Telephone satellite, lecteur DVD, PC avec internet (tout fonctionne sur panneaux solaires). Vers midi, toute l’equipe est de retour du camp II et on s’offre un dejeuner au pate de foie et aux crackers... pas tres british mais tres apprecie! Pendant 2 heures Mike nous donne tous les details de leur ‘plan d’attaque’ a l’Everest... On se sent comme 2 gamins qui auraient passe un apres-midi avec leur star preferee. l’Everest Base Camp restera un moment inoubliable: on a vecu quelques heures la vie d’une expedition avec nos ‘heros’, des gens finalement plutot normaux, avec simplement une passion hors du commun pour la montagne!




3- L’ascension de l’ISLAND PEAK (6189m)


    
 
 
Apres s’etre remis de nos emotions on aborde la derniere partie du trek. L’ascension de l’Island Peak, ca fait 6 mois qu’on y pense... surtout Sophie qui a eu du mal a oublier le Huayna Potosi en Bolivie! Vu depuis le bas, le sommet ressemble a une petite ile pointue (d’ou son nom) au milieu de la vallee de Chukung; en haut on apercoit la partie glaciaire... On va enfin retrouver les crampons et les piolets. L’ascension n’est pas technique, mais des cordes fixes sont installees sur les parties les plus exposees. On doit donc apprendre a utiliser le jumar, une sorte de gros mousqueton qui se clipse sur la corde et qui empeche de redescendre – un peu comme en via ferratta, mais avec des dents en plus. Une fois les derniers essais termines, on avale une platree de pates et on part se coucher a 19H. Si seulement le temps pouvait tenir...
 
2H du matin, tout est pret pour le depart. La montee dans la pierrier se fait a la frontale: mauvaise surprise, notre guide se perd plusieurs fois et on doit escalader des rochers (de nuit, pas tres rassurant) et rebrousser chemin plusieurs fois. Malgre ces petits imprevus Sophie est motivee comme jamais - c’est simple, elle ne redescendra pas avant d’avoir atteint le haut! Si c’est comme ca... on ferait quand meme mieux de s’activer: la veille, toutes les cordees ont du faire demi-tour a cause du vent au sommet. ‘Today quick, not Bistare’. On accelere la cadence... Heureusement apres ces 15 jours au-dessus de 4.000m, on est bien acclimates a l’altitude et on se sent en pleine forme. A 5H, on est sur le glacier et on attaque les choses serieuses.


La premiere partie sur la glace est plutot facile, avec des ponts de neige bien stables et pas trop de crevasses. Dans la vallee, une mer de nuages s’est formee, mais elle n’a pas l’air pressee de monter. On est tout seuls... Au-dessus, les premiers rayons du soleil commencent a illuminer les sommets: c’est magnifique! Mais rapidement, la pente s’incline et on se clipe aux cordes fixes. Piolet, un pas en avant, jumar, piolet... et ainsi de suite. Sur les parties les plus raides on rampe plutot qu’on grimpe! Les 50 derniers metres sont assez impressionnants: une belle arete neigeuse exposee et spectaculaire. Le guide monte en tete, pose une derniere corde, nous aide a grimper... et c’est le sommet! On y est: Island Peak, 6189m. Le sommet est confortable, on pourrait presque y planter une tente... On redescend en ayant un peu de mal a y croire, mais les photos sont la: on l’a fait!
    


L’ascension en images:
1-lever de soleil sur le sommet, 2-Sophie marche sur le glacier, 3-zigzag entre les crevasses, 4-notre guide installe la derniere corde, 5-l’arete sommitale, 6-Sophie veut son 6000, 7-deux ombres rampent vers le sommet, 8-on est en haut!



En conclusion


En revenant du trek on est completement euphoriques et on se sent tout legers. Enfin legers, surtout David qui a attrappe une bacterie a Lukla et perdu 4kg. Pendant ces 3 semaines on a rencontre des gens formidables, decouvert des paysages a couper le souffle... en un mot on a vecu des moments forts et on n’aurait cede notre place pour rien au monde. Pas facile de se decider a quitter le pays apres ca (d’ailleurs on prolonge nos visas pour 1 mois de plus): on a deja des idees pour occuper 6 mois de plus ici. Trek dans le Mustang et le Langtang, parapente a Pokhara, ascension du Mera Peak... Dites ‘Nepal’ et on repart demain !


Pour finir, quelques sites qui permettent d'avoir en direct des nouvelles des expeditions a l'Everest:
 
www.everestnews.com : le site de reference des expeditions dans l'Himalaya
www.mounteverest.net : un autre excellent site de news des expeditions a l'Everest
www.jaggedglobe.co.uk : l'agence de Mike
www.mallorcaadaltdetot.com : le site des espagnols du camp de base

 



NEPAL, LE CLOU DU SPECTACLE
(24 Avril 2005)

    
 
 
 
 
Le Nepal enfin! On a failli ne jamais arriver au paradis des trekkers a cause de la situation politique dans le pays. Le 1er fevrier, le roi decretait l'etat d'urgence, confisquait les pouvoirs... mais a l'arrivee la realite est toute autre, du moins pour les touristes. Kathmandu, la capitale, est d'un calme total: 3/4 des visiteurs ont annule leur voyage d'apres les agences. En ville, on croise pas mal de soldats mais pas de manifestations sanglantes, les gens sont particulierement accueillants (d'autant qu'ils n'ont pas beaucoup de clients) et surtout il regne une tranquillite incroyable dans les rues, alors qu'on est en pleine saison touristique... Bref, c'est vraiment le moment de venir au Nepal pour profiter des montagnes sans la foule.


TOUR DES ANNAPURNAS -
Carnets de route


    
 
 
 
J1- Khudi
Cette fois on y est: le massif des Annapurnas, une region qui est pour nous porteuse de bien des reves. Apres avoir lu et relu 'Annapurna, 1er 8.000' (le recit de Maurice Herzog sur l'expedition victorieuse de 1950), on va enfin se promener au milieu de ces montagnes aux noms magiques. Annapurna, Dhaulagiri... 2 sommets de plus de 8.000m qu'on va pouvoir observer sous tous les angles; et surtout la Kali-Gandaki, la 'riviere d'Herzog' qu'on doit longer dans la 2e partie du trek.
 
 
Cote organisation, on ne peut pas imaginer plus simple que le trek des Annapurnas. On est partis sans agence ni porteur, et ca ne pose vraiment pas de probleme: on trouve tout ce qu'il faut sur place. Besoin de materiel? Tout est a vendre le long du chemin pour 3 fois moins cher qu'en France. Faim ou soif? On est rarement a plus de 2H d'un village : pas besoin de porter des litres d'eau, des kilos de barres mars ou de pates lyophylisees... On va dormir dans des 'guest-houses' mignonnes et plutot confortables, et pour diner on se laisse servir : des nouilles frites ou un Dal Bat, le plat national de riz et de lentilles...


J2 - Ghermu
Le trek a demarre en vallee et longe la riviere Marsyangdi : on passe au milieu de cultures en terrasses superbes, de belles cascades et de paysages verdoyants dignes du Viet-Nam... Le chemin est une veritable autoroute: des caravanes d'anes nous depassent pour ravitailler les villages au-dessus, des porteurs transportent des poules, du bois, et meme un four a pain en kit… avec tout ce traffic on fait souvent la queue pour traverser les nombreux ponts suspendus. Pas encore de vues sur les sommets, et pas de danger de se perdre: a ce stade le plus gros risque est de mettre le pied dans une bouse mal placee…
 
J3 - Tal
En arrivant a Tal, on est accueillis par les enfants qui tendent la main en repetant leurs 3 mots favoris: 'Namaste! Sweets? School-pens?' (bonjour, bonbons? stylos?). Comme le village est a moitie vide, on en profite pour jouer avec les enfants et pour discuter avec les patrons de l'hotel. Pour eux la saison est catastrophique : a cause des menaces des maoistes et de la situation politique, il n'y a quasiment pas de touristes en ce moment autour des Annapurnas... Alors qu'on s'etait prepares a la 'course aux guesthouses' (les groupes reservent tres vite les meilleures places, et on finit parfois par dormir dans la cuisine), on va souvent se retrouver seuls tous les 2 dans une guest-house prevue pour 150 !
   




  


Au pied des Annapurnas


   
 
 
J6 - Upper Pisang
Ca y’est on a vu nos premiers sommets! Depuis 2 jours on marche avec la chaine des Annapurnas sous les yeux et c'est le reve total. On ne parle que d'Herzog et David mitraille tellement qu'on a parfois du mal a avancer ! On se leve a 5H pour observer le lever du soleil sur l'Annapurna II dans un ciel limpide, un moment extraordinaire... Annapurnas II, IV, puis III : ils se devoilent un par un... Par contre on a perdu en confort ce qu'on a gagne en paysages: ce soir la guesthouse propose une 'douche de cowboy' au baquet et a la bougie, et les toilettes sont dans la cabane au fond du jardin : en pleine nuit il faut etre motive!
 
Cote villages, l'influence tibetaine est de plus en plus evidente. Dans cette region, les maisons sont accolees les unes aux autres pour conserver la chaleur, les monasteres se multiplient, on voit partout les fameux drapeaux de priere multicolores qui envoie leurs prieres vers les cieux... Le bouddhisme tibetain semble s’etre fondu dans le décor. Il utilise les elements naturels avec des symboles dont on apprecie la poesie: le vent dans les drapeaux, la pluie qui erode les prieres gravees dans la pierre et les fera peu a peu disparaitre, les moulins qu’on tourne en passant… Seule contrainte, les chortens (des tas de pierre surmontee de sculptures symboliques). Ils nous obligent parfois a faire de sacres ecarts pour passer a leur gauche… mais on ne voudrait pas s’attirer les foudres de Bouddha.


J8 - Bragat / Manang

Apres une semaine de marche, on est a 3500m et il faut ralentir la vitesse de montee pour s'habituer a l'altitude: pas plus de +300m d’une nuit sur l’autre. A Bragat, notre journee de 'repos' s'est transformee en marche d'acclimatation sportive… Une montee escarpee de 1200m doit nous amener a un lac gele. On croise au passage notre premier troupeau de yaks, une chevre venue admirer la vue et surtout des griffons des himalayas qui volent au-dessus de nos tetes et nous accompagnent pendant une partie de la montee. En haut, le lac gele n'est pas extraordinaire mais la vue sur l'Annapurna IV est ebourriffante! Les glaciers scintillent au soleil dans un ciel toujours bleu, les montagnes paraissent si proches qu'on dirait qu'on peut toucher le sommet... alors qu'on est 4000m en dessous.
Apres 8H de marche non-stop, Sophie decide de boycotter les prochaines journees de repos.
 
Ensuite, on prend un rythme plus regulier et nos journees commencent a se ressembler. Reveil a 6H30 pour un coup d'oeil dehors (l'air frais et la premiere vue sur les montagnes nous mettent en forme!) puis quelques photos des sommets, purification de l’eau au micropur et roulage des sacs de couchage... Au petit dejeuner on se regale souvent de pain tibetain (une sorte de beignet frit) et d’un pot de the massala, puis on part a la fraiche pour 3-4H de marche. Apres Upper Pisang, le ciel est encore plus pur et on croise tous les jours une terrasse panoramique pour profiter du spectacle pendant le dejeuner!
    



L’apres-midi s’ecoule tout en douceur: on prend notre temps pour se detendre autour d'un the, on echange les histoires du jour avec les autres trekkers, on sort les cartes a jouer ou les jumelles pour observer les sommets et les glaciers... et surtout, on sort la carte pour reconnaitre les pics qui nous entourent et preparer la journee suivante. Diner copieux puis au lit avec les poules a 20H30 petantes... et ainsi de suite: en 3 jours on prend peu a peu de l’altitude et on se rapproche du col...


    
 
La montee au col




    
J10 - Letdar (4200m)
'Snowland hotel'... on aurait du se mefier du nom du refuge. Il s'est mis a neiger a gros flocons et le chemin devient une vraie patinoire. Par contre, bien au chaud dans le salon, on profite de l'ambiance haute-montagne : des australiens nous racontent leurs aventures aux 4 coins du Nepal, on echange nos impressions pour le lendemain avec nos copains Sarit et Udi, un couple qu'on a rencontre a Bragat et avec qui on va rester jusqu'à la fin du trek... sans oublier le must pour ne pas se refroidir : un poele qui fonctionne a la bouse de yak sechee! on adore. Mais on est moins sereins apres 6 heures a regarder la neige tomber par la fenetre... On est censes passer dans 2 jours le col de Thorung La (le point le plus haut du trek) et on aimerait bien que le chemin ne soit pas completement recouvert de neige...
 
J12 - Col de la Thorung-La (5416m)
Ambiance morose hier soir au diner: la neige est tombee toute la journee et on s'est reveilles avec 60cm de neige fraiche sans savoir si on allait pouvoir partir... Finalement un groupe s'est decide et on s'est lances dans leur trace. Apres 5H de montee magnifique dans un décor de coton, on est au col !! 'Congratulations for the success' (bravo d'avoir reussi), le panneau est plus accueillant que le col lui meme: a 5416m, un vent furieux fait claquer les drapeaux de priere et nous frigorifie...
 
On se reconforte en vitesse autour d'un the chaud avant d'entamer la redescente sur Muktinath qui se revele un vrai calvaire: il neige encore plus fort et a l'horizontale. En plus Sophie a mange tous les mars pendant la montee et on manque de force pendant la descente...  Heureusement le destin met sur notre route un Francais malade (mais sympathique), qui nous propose gentiment son pique nique: il a le mal d'altitude et ne peut rien avaler... ce qui est loin d'etre notre cas ! Un grand moment de solidarite spontanee...




 
 


Aux portes du Mustang


    
 
 
J14 - Kagbeni
De l'autre cote du col, changement total de décor: on se retrouve aux portes du Mustang, le royaume interdit du Nepal balaye par le vent. On a tout-de-suite le coup de coeur pour le village de Kagbeni, une sorte d'oasis de verdure posee au milieu des hauts-plateaux desertiques. Kagbeni est un carrefour de passage naturel et grouille d'activite: des caravanes d'anes et de yaks, des enfants dans les rues... et meme un resto-rapide que s'est baptise le Yak-Donald! En plus, c'est ici qu'on va trouver la plus accueillante des guest-houses (la 'Shangri-La' a ne pas rater): restaurant panoramique, crumble aux pommes, chambre avec douche chaude solaire et vue sur le Nilgiri... Au Nepal, le Nirvana est surement a Kagbeni.
 
Pendant 2 jours on repose nos mollets au milieu de ces paysages lunaires et sous un ciel delave... On en profite quand meme pour aller visiter le monastere sacre de Muktinath, un grand lieu de pelerinage au Nepal. En repartant on croise un groupe de Sadhus, les 'hommes saints' qui ont renonce a la vie materielle et sont venus a pied depuis le Sud de l'Inde! Ils fument la ganja comme des pompiers, d'apres eux pour mieux mediter (et pas pour oublier les ampoules aux pieds!).




La redescente
 
J17 - Tukuche
On a laisse Kagbeni derriere nous en revant deja de revenir dans le Mustang... et on attaque la redescente le long de la Kali Gandaki. La vallee est fertile et de ce cote c'est presque l'ete: des femmes fauchent les bles, les rhododendrons et les pommiers sont en fleur... on se regale surtout du fameux brandy aux pommes de Marpha. Apres la rigueur de la montee, la 2nde partie du trek est vraiment luxueuse, a tel point que certains la surnomment 'the apple-pie trek' (la randonnee de la tarte aux pommes!). On se laisse un peu aller comme tout le monde: un brownie par ci, une pizza par la... apres tout le col est derriere nous !
 
J19 - Ghorapani
Alors, maoistes ou pas maoistes? Depuis le debut les recits circulent: ils sont a Jagat et a Ghorapani, ils demandent 15 dollars par personne pour la cause (20$ pour les 'Imperialistes Americains'!) et sont plutot sympathiques avec les touristes... Jusqu'a present on est passé entre les mailles du filet, mais hier on est entres en territoire maoiste (c'etait ecrit sur un caillou)... A Ghorepani, personne. On monte sur la colline de Poon Hill pour profiter une derniere fois de la vue sur le Dhaulagiri et les Annapurnas, et a la redescente... rien non plus, voila, pas un Maoiste a l'horizon. On finira le trek presque decus de ne pas avoir rencontre ceux qui, d'apres le roi, ont cause l'etat d'urgence dans le pays.
    
 
 




    
Au retour on se prend un dernier the avec nos copains Sarith et Udi. En 3 semaines de randonnee, on a decouvert une variete incroyable de paysages. Pour nous tous, le maitre-mot du trek a ete: diversite! Des cultures en terrasses, des rhododendrons en fleurs, des villages traditionnels, des levers de soleil sur les sommets, des glaciers etincelants sous un ciel limpide, des cheminees de fees, les hauts-plateaux desertiques aux portes du Mustang... sans oublier le vol du griffon des Himalayas: tout y etait. Un 'grand classique' facile a organiser et spectaculaire, sur les traces des expeditions des annees 50... on espere que ca donnera envie a ceux qui ne connaissent pas!


 
Nos livres de route
 
Au Nepal on a aussi decouvert un nouveau monde: les livres de haute-montagne. On ne connaissait que le fameux ’Annapurna, premier 8.000’ d'Herzog, et c’est ce recit qui nous avait donne envie de venir au Nepal… Sur place on a continue a devorer des livres sur les montagnes: Everest, Himalayas ou d’autres massifs du monde (les librairies de Kathmandu en sont pleines). Voila ceux qui continuent a nous faire rever longtemps apres avoir tourne la derniere page:
 
  • Annapurna premier 8.000 (Herzog)
  • Into thin air (Jon Krakauer), le recit d’un journaliste sur la catastrophe de 1996 a l’Everest
  • The Climb (A. Boukriev), la reponse d’un des guides de l’Everest
  • Touching the void / la mort suspendue (Joe Simpson), le recit incroyable d’une ascension dramatique dans les Andes peruviennes
  • The beckoning Silence (Joe Simpson), reflexions sur la montagne
  • Voyage d’une parisienne a Lhassa (A. David Neel)
 
Ils sont deja dans nos sacs: 
  • Everest, the hard way (Chris Bonington) – sur la face nord de l’Everest
  • Dark shadows falling (Joe Simpson)
  • My quest for the yeti (Reinhold Messner)
  • Le leopard des neiges (Peter Matthiessen) 

 



Panoramas
Pour finir, quelques-uns des panoramas qu’on a eu sous les yeux pendant le trek:
 
Annapurnas II et IV avant le lever du soleil - depuis Upper Pisang


 
Lever de soleil sur l’Annapurna IV - vu depuis Khoto


 
Belvedere sur les Annapurnas - toute la journee apres Pisang


 
Journee de marche dans le lit de la riviere Kali Gandaki - apres Kagbeni


 
Panorama sur le village fortifie de Jarkot et le Dhampus Peak




 
KATMANDU et sa vallée


    
En arrivant dans la capitale Népalaise, le premier contact n’est pas celui des sherpas ou des vues sur les Himalayas, mais celui d’une foule omniprésente et colorée. Dans les faubourgs les rues sont encombrées de vaches sacrées pas pressées, d’innombrables rickshaws (des vélos à remorque) qui tentent de circuler ; des hommes transportent sur leur dos des matelas, des fruits, un frigo ; les femmes portent le sari traditionnel, un point rouge sur le front… Sur les visages l’influence indienne est évidente, et l’abondance de temples hindouistes aux statues pleines de bras dédiées à Shiva renforce cette impression : malgré l’accent mis sur le tourisme de montagne, Katmandu tient plus de Delhi que de Chamonix.


    
Depuis la terrasse panoramique d’un café, on découvre Katmandu vue du haut : un vieux centre aux constructions typiques, des quartiers populaires pleins de rencontres inattendues, et les magnifiques temples de Durbar Square, le centre historique. Le matin est prodigieusement calme, c’est le moment d’arpenter les rues ou de prendre un petit déjeuner en terrasse en lisant le Katmandu Post ou l’Himalayan News… On a aussi un petit faible pour Thamel, le quartier touristique. C’est est un îlot dans Katmandu, une sorte de grand bazar où tout est incroyablement bon marché (on vous conseille d’arriver en slip et de vous habiller sur place !): livres ou matériels de montagne, vêtements et artisanat, un pub irlandais… et même quelques ‘boulangeries allemandes’ pleines de patisseries pour les affamés qui reviennent de trek.


    
Sur le plan culturel aussi Katmandu reserve des bonnes surprises. Au fil des siècles, la capitale népalaise a changé 3 fois de lieu, ce qui fait 3 villes magnifiques à visiter dans la vallée: Katmandu, Patan et Bakhtapur, chacune avec son lot de temples et son architecture préservée. Au milieu de ce décor, on a eu la chance d’assister à l’anniversaire de la naissance du Bouddha, un  festival à ne pas rater fin-mai: les Népali se retrouvent par milliers au temple de Buddnath décoré de lampions multicolores, et tournent lentement autour du stupa pendant que la nuit tombe. Moines, vieillards, familles, ils montent peu à peu les ‘niveaux’ puis les redescendent, leurs visages éclairés par des rangées de lampes au beurre de yak : une atmosphère et une ferveur populaire prenantes, et peu courantes chez nous.