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--- TIBET ---
 
Juin 2005

 
 Carnets de route
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Les photos du Tibet sont ici
 Tibet/Chine: le pays


LE TIBET, « BIENVENUE EN CHINE »


1950. Il était une fois le Tibet, un royaume paisible et plutôt prospère au creux des himalayas, qui semblait figé dans le temps. Les caravanes de yaks y faisaient le commerce du sel, le bouddhisme tibétain y était enseigné dans une langue millénaire. Plus de 6.000 temples ornaient le pays, tous plus somptueux les uns que les autres. Même Lhassa, la capitale, avait un air de gros village avec ses marchés et ses rues étroites, dominées par le magnifique palais du Potala, qui abritait la plus haute autorité politique et religieuse du pays : le Dalaï-lama.


Le jeu des 7 différences, vous connaissez ? Alors jouez avec nous !


2005. Après 50 ans d’invasion par la Chine, le Tibet est devenu une province Chinoise ou les conditions de vie sont parmi les plus dures du pays (1). Les 6.000 temples tibétains ont tous été sauvagement détruits, tous sauf huit, qui permettent de s’imaginer à quoi ressemblait le pays (2). Le Dalaï-lama s’est enfui en Inde et les tibétains ne doivent ni prononcer son nom, ni avoir une photo de lui, sous peine de 10 ans de travaux forcés (3). Le bouddhisme est désormais enseigné sous les règles de Pékin et n’a plus grand chose de tibétain (4) ; d’ailleurs les moines sont sévèrement encadrés par des officiers chinois. A Lhassa, 600.000 militaires chinois ont été débarqués, mettant les 400.000 tibétains en minorité (5). La radio et la télé ne parlent bien sûr que chinois, et des experts pensent qu’on pourrait ne plus parler tibétain à Lhassa d’ici une dizaine d’années (6).


Enfin pour égayer un peu ces tristes militaires, un ‘nouveau commerce millénaire’ s’est vite mis en place, et Lhassa est devenue le plus grand bordel du monde (7)… et voila nos 7 différences.


Après ce petit jeu, on peut se demander : pourquoi aller au Tibet alors qu’on ne sait que trop bien ce qu’on va y trouver ? D’ailleurs faut-il y aller ? On s’est longuement posé la question… et la réponse (tant pis pour le suspense) est OUI bien sûr, trois fois oui, allez-y même si c’est éprouvant physiquement et moralement ! Pour la lumière et les vues sur les hauts-plateaux, toujours magique; pour les visages burinés de soleil et de vent qui restent souriants; parce qu’on voulait voir à quoi ca ressemble en vrai aujourd’hui... Et aussi parce que c’est exactement ce que veulent les autorités : dégouter les touristes du Tibet, pour isoler encore plus le pays. Nous voila donc en route pour le Tibet, pardon, la province autonome Chinoise du Tibet.


Katmandu-Lhassa par la "route de l'amitié"


Depuis Katmandu, il parait qu’on peut gagner Lhassa par la route en 5 jours ; on trouve une agence de voyage qui propose de nous y conduire en bus… un trajet qu’on nous promet assez éprouvant, mais qui en emprunte la mythique « friendship highway », la route de l’amitié qui relie les capitales des 2 royaumes himalayens en passant par les hauts cols.




La route Katmandu-Lhassa est la plus haute route carrossable du monde, et va nous faire passer en quelques jours par plusieurs cols à 5.200m (bien au-dessus du Mont-Blanc). L’itinéraire passe près de l’Everest, puis on visite la ville de Shigatse et la fabuleuse forteresse-monastère de Gyantse, avant de traverser le Bramapoutre et d’arriver sur Lhassa, capitale du Tibet.


Dès les premiers jours, le trajet tient ses promesses – toutes ses promesses ! On monte en 2 jours depuis Katmandu (1200m) jusqu’à un premier col à 5.200m, en traversant les différents étages de la végétation : d’abord des cultures en terrasses, puis des collines boisées, enfin on arrive sur le plateau tibétain. De ce côté, l’itinéraire devient complètement désertique mais splendide. On voyage parfois 10 heures d’affilée sans croiser ni villages ni âme qui vive, au milieu des hauts plateaux battus par les vents. Les cols sont quasiment couverts de drapeaux et de moulins à prières de type éolien, le tout baignant dans une lumière oblique et un peu pastel, qu’on ne trouve qu’ici. Enfin à l’occasion d’une pause, on aperçoit au loin la face Nord, massive, de l’Everest, qui se détache de tous les sommets aux autours.


On roule, on roule, du matin au soir… La route en elle-même est tout un poème : des passages parfaitement goudronnés où notre chauffeur s’éclate pied au plancher à 80km/h, d’autres en piste défoncée qui nous obligent à faire des détours énormes… Parfois elle est encore en construction, et comme les travaux démarrent à 6H du matin et la rendent impraticable, on se lève à 4H pour passer de nuit. L’occasion d’un joli lever de soleil sur le plateau tibétain, mais bonjour les cernes ! Enfin les hotels, rétrospectivement on peut le dire, sont vraiment miteux - probablement les pires qu’on ait faits de tout le voyage (ah les fameuses toilettes à la chinoise : chacun son trou, tous accroupis en rang d’oignon, sans cloison de séparation… difficile d’imaginer plus convivial !).


En dehors de ces petits tracas, la seule chose vraiment importante pour profiter du voyage est : boire constamment. Le guide nous a prévenus qu’avec l’altitude et le manque d’oxygène, on se déshydrate très vite. Effectivement, sur les 15 passagers de notre bus, 3 vont connaître le MAM (mal aigu des montagnes) : vomissements, pertes d’équilibre, nausées… Heureusement les locaux sont bien organisés, et les épiceries sont pleines de bouteilles d’oxygène qu’on peut acheter à l’unité, avec le masque, pour à peine plus cher qu’une bouteille d’eau.



Gyantse et sa forteresse-monastère


Après quelques jours de cahots et de démêlés avec notre guide (il voulait nous faire arriver à Lhassa au bout de 3 jours au lieu de 5), nous voila à Gyantse : coup de foudre ! La ville fut au 15 ème siècle la capitale du royaume tibétain. Elle abrite une immense forteresse-monastère perchée sur une colline, et surtout un des rares monastères à avoir échappé à la destruction. A l’intérieur du mur d’enceinte rose se cache le monastère plein de couleurs inhabituelles, et surtout un stupa géant truffé d’une centaine de chapelles, toutes décorées... et sans doute construit par des moines facétieux : à chaque niveau, seule une chapelle contient un escalier vers l’étage suivant, à vous de trouver laquelle ! Un véritable labyrinthe sur 9 niveaux ; il nous faudra plus d’une heure pour arriver au sommet et pouvoir profiter des vues superbes sur la vieille ville.


Gyantse conserve également un quartier tibétain traditionnel à l’écart de la ville moderne chinoise. C’est en se promenant dans ce quartier qu’on a enfin, pour la première fois, l’impression d’être au Tibet... Les rues sont bordées de maisons traditionnelles, les habitants portent les vêtements typiques tibétains et semblent peu touchés par le tourisme. Les menus des restaurants ne sont pas traduits et il nous faudra aller dans la cuisine d’une petite échoppe pour choisir, ou plutôt montrer, les ingrédients de notre déjeuner. Avec nous les Tibétains se montrent souriants et imprévisibles : une vieille femme nous tire la langue (en signe de respect paraît-il, mais qui peut savoir ?) ; devant le monastère, un enfant semble intéressé par notre guide et nos montres, qu’on lui prête volontiers… en échange, il sort un morceau de tsampa (farine d’orge typique) qu’il nous fait gouter en riant de nos grimaces.


Avec ses ruelles tranquilles et son centre tibétain préservé, Gyantse est pour nous la plus belle ville du pays, du moins de ce qu’on en a vu. Et pourtant en ressortant, une rencontre inattendue nous rappelle à la réalité du pays. On croise un groupe d’enfants qui sortent de l’école ; le sourire aux lèvres, ils s’approchent de nous pour nous souhaiter la bienvenue dans leur pays… « welcome to China » ! On les remercie chaleureusement mais on encaisse quand même le choc. Voila les seuls mots qu’ils connaissent en Anglais, une belle façon pour Pekin de faire un pied-de-nez aux touristes pro-tibet… La nouvelle génération est bel et bien chinoise.




Lhassa, capitale en transformation


5ème jour : nous sommes à Lhassa, la capitale tibétaine, but de notre périple. On a tellement lu et relu son histoire récente qu’on aborde la ville préparés au pire, déjà déçus à l’idée de ce qui nous attend. Et c’est vrai que la nouvelle ville chinoise étouffe le vieux centre, que la vie n’est pas rose et que certains quartiers sont sordides, mais on ne va pas ressasser des idées noires… On préfère s’imaginer la ville telle qu’elle était, de la reconstruire à partir de ce qu’il en reste, sans s’énerver de tous les délires ou exubérances chinoises de l’après-1953. Curieusement, après quelques jours d’entraînement, ça marche : en se pliant à cette règle du jeu, la ville va finalement nous réserver le meilleur.


La visite commence par le Potala, le plus célèbre monument de Lhassa : une merveille ! On l’a déjà aperçu de loin, avant même d’arriver dans la ville ; en s’approchant, on découvre un palais immense, perché sur une colline au centre de Lhassa. C’était la demeure du Dalaï-lama (la plus haute autorité du pays), et on retrouve dans la structure du palais sa double fonction : en rouge, les bâtiments religieux, en blanc la partie politique. Depuis la fuite du Dalaï-lama en Inde, le bâtiment est désert sauf la partie réservée aux visites touristiques, mais on l’imagine à l’époque plein de moines et de ministres débordant d’activités. En contrebas, une splendide place monumentale du plus pur style Tien-an-men est en cours de construction, pour rappeler qui est le boss... on s’arrange pour ne la regarder que du coin de l’oeil ! Le Potala est toujours debout et splendide, c’est déjà ça.


La ville et ses alentours sont parsemés de monastères, et on va en visiter 3: d’abord le Jokhang, puis les monastères de Sera et Drepung, perchés sur les hauteurs. Le Jokhang est une institution, sûrement parce qu’il est situé en plein coeur du vieux quartier de Lhassa. A toute heure de la journée, des moines se recueillent et font leurs prières rituelles devant l’entrée ; des pélerins ou des habitants de Lhassa effectuent lentement le tour du monastère le long de l’avenue circulaire, qui traverse aussi le marché populaire de Barkhor… C’est ici que Lhassa a conservé toutes ses traditions tibétaines, et on y passe des heures à flaner au milieu des étals de beurre de yaks (à ciel ouvert, hygiène garantie !) et des vendeurs de moulins à prières.


En partant découvrir les autres monastères (Drepung et Sera) sur les hauteurs de Lhassa, notre guide nous donne quelques détails sur les réalités du ‘bouddhisme tibétain’ aujourd’hui. Les monastères ont souvent été à l’origine des soulèvements anti-chinois, aussi les moines sont encadrés de près. A Drepung, le cadre idyllique des bâtiments contraste avec les conflits intérieurs : les 450 moines sont désormais flanqués de 180 fonctionnaires chinois chargés de les rééduquer… et apparemment, ca marche ! L’année précédente, un touriste avait réussi à introduire au Tibet une photo du Dalaï-lama (ou plutot du ‘Dude man’ comme on l’appelle, un code bien utile pour parler de lui sans prononcer son nom). Il l’a offerte à un moine de Drepung, qui s’est empressé de… le dénoncer aux autorités. Bilan : une nuit en prison, reconduite immédiate à la frontière, 1800euros d’amende et interdiction de remettre les pieds en Chine. Vous voila avertis!


A Sera, en revanche, on assiste à un spectacle qu’on n’oubliera jamais. A 15h59, on est sur la fin de la visite ; le monastère est calme, on se promène dans un cloître silencieux aux murs blancs, planté de quelques arbres… A 16h, un gong retentit : en quelques minutes la cour se remplit d’un flot ininterrompu de robes rouges. Dans le brouhaha général, des petits groupes se forment et commencent à parler entre eux, à rire, à crier… 16h, c’est l’heure des joutes bouddhistes ! Dans chaque groupe, un moine joue le rôle du ‘maître’ ou de l’inquisiteur ; debout, le chapelet à la main, il pose les questions et semble avoir tous les droits. Face à lui, un ou plusieurs ‘disciples’ sont assis, et tentent de répondre à ses provocations sans se démonter.


Le ‘maître’ commence une question, se balance doucement en arrière… puis se jette brutalement vers l’avant : il vient terminer sa question en claquant ses mains à quelques centimètres du visage de son adversaire, comme s’il le giflait ! Si la réponse ne vient pas assez vite, il peut s’énerver et gronder son ‘élève’ sans ménagement… mais attention, ensuite on échange les rôles. Les joutes sont extrêmement visuelles, on ressent ce qui se passe même quand on ne comprend pas les mots. Et c’est comme ça tous les après-midi : les moines s’exercent au débat philosophique au cours de ces ‘matchs’ impressionnants, mis en scène comme des petits duels. L’occasion pour eux de confronter leurs conceptions du bouddhisme, d’aiguiser leur vivacité d’esprit et de se défouler en plein air!


De fil en aiguille, on finit par rester une semaine entière, l’occasion de se détendre mais aussi de découvrir « l’autre Lhassa » : celle des expériences complètement hétéroclites, à l’image du pays. Des quartiers de viande de yak déchargés d’une camionnette à même le sol, c’est Lhassa ; un billard dans une salle glauque, c’est Lhassa ; un four solaire dans un monastère c’est aussi Lhassa… Sans oublier le lac Namtso, plus au Nord : magnifique, mais ou les yourtes des nomades sont maintenant plantées au bord de la nouvelle route en asphalte...



Queue de poisson et sortie de route


On ressort du Tibet avec l’impression d’avoir vu de belles choses destinées à disparaître. Après ça, on comprend mieux ceux qui militent pour la libération du Tibet, même si c’est une cause perdue. Après l’invasion par la Chine dans l’indifférence générale, la région est en cours de transformation et toute marche arrière paraît difficile à imaginer. Même pour être guide dans leur propre pays, les Tibétains doivent passer 5 ans d’études à Pékin: ils en reviennent avec un oeil changé, parlent de moins en moins leur langue, et finissent par voir l’occupation comme quelque chose d'inéluctable... Le nôtre nous a même dit "Pour le véritable bouddhisme tibétain, allez voir en Inde".


En tant que touriste, c’est un pays routard, en tous cas en entrant par la route Katmandu-Lhassa. Ici, le message qu'on nous adresse est dur, et pourrait ressembler à : « en entrant en Chine par le Tibet, vous, touristes, avez opté pour la voie difficile. Vous avez décidé de visiter une région qu’on aimerait plutôt ne pas exposer au reste du monde : il va falloir assumer ». Et on a parfois l’impression que tout est fait pour nous en dégouter… A ce titre, le passage de la frontière entre le Népal et le Tibet (donc la Chine) par le « pont de l’amitié » reste un grand souvenir. On marche 500m en côte, sac au dos à 4800m d’altitude, et au bout du fameux pont, on nous tend un thermomètre à glisser sous le bras, pour vérifier qu’on n’apporte pas de maladies… Evidemment ça indique 38°, on vient de se piquer une suée ! Donc pas d’autorisation de passer, argh… On s’en sort au bout d’une heure pour tomber dans un autre piège : un officier de douane a repéré un pseudo-faux passeport porté par une des filles de notre groupe… 3h d’interrogatoire plus tard, on est autorisés à entrer: quel accueil !

Dernier détail d’importance : le visa. Quand on entre en Chine par le Tibet, on n’a pas droit au visa classique chinois - 1 mois, individuel et prolongeable - mais seulement à un visa de groupe de 20 jours sur une feuille volante, non-renouvelable, non modifiable. Autrement dit on doit faire toute la Chine en 20 jours, Tibet compris (et avec le sourire s’il vous plait). Après 20 jours, on a été priés de quitter le pays immédiatement! Retour en France, fin du voyage un peu plus tôt que prévu et en queue de poisson, alors que dans des pays réputés moins touristiques comme la Bolivie ou le Laos on aurait pu rester 3 mois... La Chine par la route de l’amitié, on a essayé, c'est bien mais c'est court !